Publié le 06/02/2026 à 12h02 • Mis à jour le 06/02/2026 à 12h02
C’est une plongée dans la psyché des enfants qui agressent d’autres enfants dans leur famille, une porte ouverte sur leur monde. On y suit tantôt les méandres de leur culpabilité ; tantôt la profondeur de leur déni aussi. Dans ces pages, leur humanité transpire. Avec De l’autre côté de l’inceste. Enquête auprès de ces frères et de ces cousins qui ont agressé sexuellement ou violé un autre enfant de leur famille (La Déferlante Editions), qui sort ce vendredi, la journaliste Sarah Boucault explore un sujet encore largement tabou, suite de son investigation publiée en 2023 par la revue féministe.
Le livre s’ouvre avec les archives de sa famille, puisqu’elle est elle-même concernée. Au fil des pages, il exhorte à mieux connaître ces enfants, qui sont très largement préalablement victimes de violences. Et livre un plaidoyer pour déconstruire la figure du « monstre », qui empêche toute compréhension du sujet. Car les enfants agresseurs sont d’abord et avant tout des enfants.
Il y a peu de chiffres, mais quand on recoupe les enquêtes, comme Virage [enquête quantitative de l’Ined portant sur les violences subies par les femmes et par les hommes], ou celle de Dorothée Dussy [Le berceau des dominations : anthropologie de l’inceste, Paris, Pocket, 2013], on peut voir qu’il y a environ un tiers des incestes qui sont commis par des enfants. Donc, sur plus de 6 millions de personnes incestées [d’après un sondage de l’association Face à l’inceste], environ 2 millions de personnes ont subi l’inceste de la part d’autres enfants [par des agressions sexuelles, des viols, des confidences répétées à caractère sexuel, des actes d’exhibitionnisme ou obligées de poser pour des photographies érotiques ou pornographiques, d’après l’enquête]. Ensuite, c’est tabou parce que l’inceste est tabou, et qu’il se transmet par le silence. Et qu’un enfant qui agresse un autre enfant, c’est encore plus tabou, parce que les enfants sont considérés comme des êtres innocents. C’est un impensé à toutes les échelles. La loi par exemple ne prend pas en compte dans la définition de l’inceste les cousins et cousines, ni les quasi-frères et sœurs [familles recomposées] qui vivent sous le même toit. Et à part le film Cassandre [d’Hélène Merlin, sorti en avril 2025], il n’existe pas de représentation culturelle qui en parle comme quelque chose de problématique.
Précisément dans l’inceste, la personne qui nous inceste est quelqu’un qu’on aime, à laquelle nous sommes liés, avec laquelle nous avons de bons souvenirs, des moments de joie… Les victimes sont cependant enjointes de rayer complètement leur agresseur du paysage, que l’on va caricaturer avec cette figure du monstre. Les humaniser, cela permet de garder au fond de soi ces moments agréables qui font partie de nous, cela peut faire du bien aussi aux victimes. Cela permet aussi à mon sens de faire un pas vers une société plus saine, en sortant le sujet du silence, et en se donnant des clés pour enrayer le phénomène.
C’est un champ scientifique très peu documenté, il y a peu d’enquêtes là-dessus. Mais ce qu’elles révèlent et les spécialistes qui travaillent sur le sujet, c’est en effet que les enfants qui agressent ont vécu au préalable de la violence, qu’elle soit physique, psychologique ou sexuelle. Ils deviendraient agresseurs parce qu’ils sont victimes. Cela reste assez flou de savoir comment cela se produit, de même qu’on sait que l’inceste se transmet de génération en génération sans bien comprendre pourquoi. Mais une fois qu’on a dit cela, ce qui est intéressant, au-delà de cette compréhension individuelle, c’est d’essayer de comprendre comment ces agressions se reproduisent de manière systémique, dans un certain climat social, de façon structurelle.
Cette formule de « jeux sexuels » est utilisée par les adultes pour minimiser les violences. C’est ce que dit le juge Edouard Durand [ex-coprésident de la Ciivise, la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants], qui estime qu’il s’agit surtout de l’argument de l’agresseur, et qui qualifie cela de bonne « planque ». Un jeu, c’est une interaction entre deux personnes, avec de la négociation, dans un espace fictif, avec un désir partagé d’inventer quelque chose ensemble.
Tout à fait, mais moi je n’appelle pas ça des jeux, j’appelle cela de la curiosité, de l’exploration. Le mot « jeu sexuel » peut brouiller les pistes car un jeu ne comporte pas de coercition, et le mot « sexuel » conduit à transposer de la sexualité adulte sur les enfants. Mais bien sûr qu’un enfant a de la curiosité pour ses parties génitales comme pour d’autres choses. Jusqu’à l’âge de 5-6 ans, la curiosité du monde est mult
C’est une plongée dans la psyché des enfants qui agressent d’autres enfants dans leur famille, une porte ouverte sur leur monde. On y suit tantôt les méandres de leur culpabilité ; tantôt la profondeur de leur déni aussi. Dans ces pages, leur humanité transpire. Avec De l’autre côté de l’inceste. Enquête auprès de ces frères et de ces cousins qui ont agressé sexuellement ou violé un autre enfant de leur famille (La Déferlante Editions), qui sort ce vendredi, la journaliste Sarah Boucault explore un sujet encore largement tabou, suite de son investigation publiée en 2023 par la revue féministe.
Le livre s’ouvre avec les archives de sa famille, puisqu’elle est elle-même concernée. Au fil des pages, il exhorte à mieux connaître ces enfants, qui sont très largement préalablement victimes de violences. Et livre un plaidoyer pour déconstruire la figure du « monstre », qui empêche toute compréhension du sujet. Car les enfants agresseurs sont d’abord et avant tout des enfants.
Il y a peu de chiffres, mais quand on recoupe les enquêtes, comme Virage [enquête quantitative de l’Ined portant sur les violences subies par les femmes et par les hommes], ou celle de Dorothée Dussy [Le berceau des dominations : anthropologie de l’inceste, Paris, Pocket, 2013], on peut voir qu’il y a environ un tiers des incestes qui sont commis par des enfants. Donc, sur plus de 6 millions de personnes incestées [d’après un sondage de l’association Face à l’inceste], environ 2 millions de personnes ont subi l’inceste de la part d’autres enfants [par des agressions sexuelles, des viols, des confidences répétées à caractère sexuel, des actes d’exhibitionnisme ou obligées de poser pour des photographies érotiques ou pornographiques, d’après l’enquête]. Ensuite, c’est tabou parce que l’inceste est tabou, et qu’il se transmet par le silence. Et qu’un enfant qui agresse un autre enfant, c’est encore plus tabou, parce que les enfants sont considérés comme des êtres innocents. C’est un impensé à toutes les échelles. La loi par exemple ne prend pas en compte dans la définition de l’inceste les cousins et cousines, ni les quasi-frères et sœurs [familles recomposées] qui vivent sous le même toit. Et à part le film Cassandre [d’Hélène Merlin, sorti en avril 2025], il n’existe pas de représentation culturelle qui en parle comme quelque chose de problématique.
Précisément dans l’inceste, la personne qui nous inceste est quelqu’un qu’on aime, à laquelle nous sommes liés, avec laquelle nous avons de bons souvenirs, des moments de joie… Les victimes sont cependant enjointes de rayer complètement leur agresseur du paysage, que l’on va caricaturer avec cette figure du monstre. Les humaniser, cela permet de garder au fond de soi ces moments agréables qui font partie de nous, cela peut faire du bien aussi aux victimes. Cela permet aussi à mon sens de faire un pas vers une société plus saine, en sortant le sujet du silence, et en se donnant des clés pour enrayer le phénomène.
C’est un champ scientifique très peu documenté, il y a peu d’enquêtes là-dessus. Mais ce qu’elles révèlent et les spécialistes qui travaillent sur le sujet, c’est en effet que les enfants qui agressent ont vécu au préalable de la violence, qu’elle soit physique, psychologique ou sexuelle. Ils deviendraient agresseurs parce qu’ils sont victimes. Cela reste assez flou de savoir comment cela se produit, de même qu’on sait que l’inceste se transmet de génération en génération sans bien comprendre pourquoi. Mais une fois qu’on a dit cela, ce qui est intéressant, au-delà de cette compréhension individuelle, c’est d’essayer de comprendre comment ces agressions se reproduisent de manière systémique, dans un certain climat social, de façon structurelle.
Cette formule de « jeux sexuels » est utilisée par les adultes pour minimiser les violences. C’est ce que dit le juge Edouard Durand [ex-coprésident de la Ciivise, la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants], qui estime qu’il s’agit surtout de l’argument de l’agresseur, et qui qualifie cela de bonne « planque ». Un jeu, c’est une interaction entre deux personnes, avec de la négociation, dans un espace fictif, avec un désir partagé d’inventer quelque chose ensemble.
Tout à fait, mais moi je n’appelle pas ça des jeux, j’appelle cela de la curiosité, de l’exploration. Le mot « jeu sexuel » peut brouiller les pistes car un jeu ne comporte pas de coercition, et le mot « sexuel » conduit à transposer de la sexualité adulte sur les enfants. Mais bien sûr qu’un enfant a de la curiosité pour ses parties génitales comme pour d’autres choses. Jusqu’à l’âge de 5-6 ans, la curiosité du monde est mult