Médias : l’hommage de Jean Claude Mbede à Denise Epoté

Médias : l’hommage de Jean Claude Mbede à Denise Epoté
à Madame Dénise Epoté L’icône, l’esthète et notre boussole – ​À l’heure où s’ouvre le temps de la transmission

Au moment où vous vous apprêtez à prendre une retraite si amplement méritée, permettez à l’un de vos « disciples » de l’ombre, aujourd’hui contraint à l’exil, de poser ces quelques mots sur le papier.

Vous avez été, vous êtes et vous demeurerez un mythe. Dans un monde de plus en plus assourdissant, agité par les flots bruyants de ceux qui gagneraient pourtant à se taire et à se cacher, vous avez choisi d’incarner une autre voie : celle de l’humilité souveraine et de l’effacement intelligent.

​Vous êtes coupable, Madame. Coupable de nous avoir irrésistiblement attirés dans les filets de cette profession par votre seul talent et cette classe naturelle qui ne s’apprend dans aucune école de journalisme. Par votre seule présence à l’écran, vous nous avez fait croire, avec une force presque magique, que le journalisme était la plus belle profession du monde.

​Que ce message vous apporte consolation et apaise votre cœur. Je sais, nous savons, la douleur qui doit être la vôtre en observant ce qu’est devenu ce journalisme dont vous fûtes la pionnière lumineuse au Cameroun.

​Qui l’eût cru ? Qui aurait pu prédire qu’après avoir tracé des sillons de rigueur, vous seriez aujourd’hui le témoin de ce spectacle nauséeux qu’offrent certains débats dominicaux ? Là où régnait la réflexion, nous voyons désormais des « lecteurs de questions préparées », là où vibrait l’éthique, nous voyons des courtisans. Le journalisme d’orfèvre que vous avez pratiqué semble avoir été cédé à des artisans du dimanche, des coursiers d’intérêts obscurs et des courtiers de l’information.

​Pourtant, au milieu de ce tumulte, vous n’avez jamais dévié. Vous êtes restée cette femme digne, fidèle à cette très belle peau ébène que vous portez comme un étendard de fierté. Fidèle à vos cheveux naturels, fidèle à votre culture Sawa.

​Née dans une ville cosmopolite, fille d’un Cameroun pluriel, vous devez sans doute vous demander aujourd’hui, avec une certaine amertume, ce que signifient ces concepts vides d’« autochtones » ou d’« allogènes » qui polluent nos ondes. Pour vous, l’identité n’a jamais été une barrière, mais une racine qui permet de s’élever plus haut.

​Vous avez été une esthète, une artiste de l’image et du verbe. Votre parcours, de la CTV à la direction de TV5Monde, est une leçon de persévérance et de droiture. Durant votre retraite, vous aurez beaucoup à observer, sans doute avec ce regard perçant qui sait débusquer la vérité derrière les faux-semblants.

​Sachez que pour nous, la jeune garde meurtrie mais debout, vous restez l’icône vivante. Celle qui nous rappelle que l’on peut traverser les tempêtes sans jamais trahir sa culture, son élégance, ni son âme.

​Merci de nous avoir montré le chemin. Merci d’avoir été, et de rester, @Denise Epote.

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