Togo / L’Économie Essouflée par la Dette: « Le Problème du Togo N’est Pas seulement Qu’il Emprunte Beaucoup, C’est Qu’il Emprunte “Mal” »

Le gouvernement togolais a affiché un satisfécit par rapport au récent reclassement du pays par le Fonds monétaire international (FMI) qui le place dans la catégorie à “forte capacité d’endettement”. Le Togo a ainsi gagné le droit d’emprunter plus. Mais depuis quelques années, des experts en économie s’interrogent sur l’efficacité de cet endettement, puisque la dette ne semble plus créer assez de richesses pour s’autofinancer. Le pays s’engouffre.

Dans ce document que nous vous présentons, intitulé “L’économie togolaise face au supplice de Tantale : la richesse à portée de main, le développement hors d’atteinte“, l’expert en économie présente un triste tableau dans lequel il apparaît clairement que la qualité de la dépense ne suit pas la courbe de l’endettement. Bonne lecture.

L’économie togolaise face au supplice de Tantale: La richesse à portée de main, le développement hors d’atteinte

Au-delà des chiffres officiels : comprendre pourquoi le modèle financier sʼessouffle

Sur le papier, la trajectoire financière du Togo semble être validée par les instances internationales. Le récent reclassement du pays par le FMI dans la catégorie à « forte capacité dʼendettement » offre un satisfecit technique à Lomé. Cette étiquette de « bon élève » a permis de valider une stratégie où la dette totale atteint désormais le niveau historique de 4 217 milliards de FCFA au 31 décembre 2024.

Pourtant, se fier uniquement à ce label serait une erreur. Derrière lʼapparente maîtrise des comptes se dessinent des vulnérabilités profondes. Alors que le Togo a obtenu un « permis dʼemprunter » plus large, la rigidité des charges financières et la nature des dépenses interrogent la résilience dʼun modèle qui montre des signes de surchauffe. Décryptage dʼun paradoxe où la qualité de la dépense ne suit pas la courbe de lʼendettement.

I- Lʼillusion: La fragilité de la marge de manœuvre

Lʼanalyse de la dette souffre souvent dʼun biais de focalisation : on regarde le stock (le montant total) au lieu de regarder le flux (le montant à payer chaque année).

Avec une dette qui représente 69,16 % du PIB fin 2024, le Togo respecte formellement le plafond communautaire imposé par lʼUEMOA (fixée à 70 %). Cependant, cette marge de manœuvre est virtuelle. En économie, cʼest ce quʼon appelle la «distance à la cible ». Avec un écart inférieur à 1 point de PIB (69,16 % vs 70 %), le Togo nʼa plus de pare-chocs. Le moindre « choc exogène » — cʼest-à-dire un événement imprévu comme une variation du taux de change ou une volatilité des prix des matières premières — suffirait à placer le pays en situation de dépassement instantané.

La réalité du quotidien : l’asphyxie de la trésorerie

Si le montant total de la dette semble sous contrôle, la dynamique des flux de trésorerie révèle une tension bien plus vive. Lʼindicateur de vérité est le rapport entre ce que lʼÉtat doit payer (le service de la dette) et ce quʼil perçoit (les recettes fiscales). Les chiffres officiels de 2024 sont sans appel. Malgré une performance record de lʼOffice Togolais des Recettes (OTR) qui a collecté plus de 1 000 milliards de FCFA dʼimpôts, le remboursement de la dette a absorbé 60,82 % de ces recettes.

Pour le dire simplement: pour chaque tranche de 100 francs dʼimpôts collectés par lʼÉtat cette année, près de 61 francs ont servi à rembourser les créanciers. Il ne reste que 39 francs pour tout le reste : payer les fonctionnaires, construire des routes, financer les hôpitaux et les écoles. LʼÉtat ne consacre plus lʼessentiel de ses moyens à édifier lʼavenir, mais à éponger son passif.

II- Lʼautopsie : le coût exorbitant de la dette locale

Le problème du Togo nʼest pas seulement quʼil emprunte beaucoup, cʼest quʼil emprunte « mal ». Lʼanalyse de son portefeuille de dettes révèle quʼil souffre dʼune addiction coûteuse : il finance ses projets de long terme avec des ressources de court terme, empruntées à des taux prohibitifs sur le marché régional.

Le péché originel du modèle actuel réside dans son coût unitaire. Le portefeuille de lʼÉtat se scinde en deux dettes :

– La dette extérieure (bailleurs de fonds): dʼun montant de 1 785 milliards FCFA, elle bénéficie de conditions concessionnelles, avec un taux dʼintérêt moyen pondéré contenu à 2,12 %.

– La dette intérieure (marché régional): dʼun montant de 2 432 milliards FCFA, elle supporte un coût de marché nettement plus élevé, avec un taux moyen de 5,73 %.

Cʼest en regardant ce qui sort réellement des caisses que lʼinefficience du modèle saute aux yeux.

En 2024, pour honorer ses engagements extérieurs, le Togo a décaissé 145 milliards FCFA. C’est lourd, mais soutenable. Mais pour honorer sa dette intérieure, l’État a dû décaisser 652 milliards FCFA.

Le constat est brutal: le
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This article was originally published on 27avril.