Il y a 30 ans. Avec l’espoir de transformer la vie des paysans des Savanes, naissait la culture des tomates de contre-saison. Aujourd’hui, le constat dresse une promesse éloignée des réalités: des producteurs isolés, des récoltes soumises au désidérata des acheteurs, des prix imposés aux producteurs, des tomates souvent condamnées à pourrir du fait de l’absence des moyens de conservations et de transformation (…). En 2026, parler de la filière des tomates, c’est raconter l’histoire d’un potentiel brisé, mais aussi d’un espoir qui se fane au soleil, victime de l’ambition inachevée, fille d’un abandon institutionnel. [ Enquête ].
Dapaong, 10 Janvier 2026. 644 Km de Lomé. 7H02, sous la brume sèche de l’harmattan et le vent froid qui traverse la ville, le marché improvisé de tomates s’anime. C’est un espace étroit en bordure de la route qui fait office de lieu de rencontre entre les producteurs venus du village et les femmes commerçantes de légumes. Des tomates rouges se pressent dans des bassines, d’autres en tas le long d’une clôture tandis qu’une partie repose dans un tricycle à moitié couvert d’une vielle moustiquaire trouée.
Près du tricycle, Lébine Kayabe, un homme d’une quarantaine d’année, vêtu d’un pullover poussiéreux ajuste un vieux casque. « Nous n’avons pas d’eau, il faut creuser très profond avant d’en trouver. Chaque matin, tu te lèves dans le froid avec ta femme et tes enfants pour arroser les champs. Lorsque que tu vas pour acheter l’engrais ; c’est la croix et la bannière. Puis, quand tu arrives au marché avec ta récolte, elles te regardent comme si produire des tomates est une sinécure. Chaque saison, on espère que ça ira mieux…mais elle finit toujours par être pire », lance-t-il.
« Chaque saison, on espère que ça ira mieux…mais elle finit toujours par être pire » Lébine Kayabe
Ironie ou coïncidence : la scène se déroule devant les locaux de l’ONG RAFIA (Recherche, Appui et Financement des Initiatives d’Auto-promotion), là où, il y a 30 ans, germait le projet de la culture de la tomate de contre saison. Une initiative destinée à prévenir l’exode saisonnière des jeunes et offrir aux paysans un revenu stable hors saison des pluies. Dans ce chaos, le passé et le présent se croisent : les tomates rouges, symbole d’un espoir vieux de trois décennies, sont désormais le témoin silencieux d’une filière qui a perdu son guide et peine à survivre.
L’histoire commence en 1995, lorsque que l’ONG RAFIA décide de valoriser les bas-fonds de la région des Savanes, jusque-là essentiellement exploités de manière saisonnière. Avant cette période, seuls quelques paysans s’adonnaient, de façon épisodique, à la production de légumes-feuilles (épinards, oseille de Guinée, haricots) ainsi que du gombo et de l’aubergine, principalement pour l’autoconsommation et l’approvisionnement des petits marchés locaux. A cette époque, ce sont surtout le Burkina Faso et le Bénin qui approvisionnaient Lomé et les autres grandes villes du Togo en tomates, oignons et autres produits maraîchers.
« Convaincus que nous ne pouvions pas réinventer la roue du développement, nous avons décidé d’effectuer un voyage d’études et d’échanges d’expériences au Burkina Faso et au Benin, d’où provenaient ces produits très appréciés », se souvient Lenne Noigue Tambila, ingénieur agro-zootechnicien et alors responsable technique du programme d’appui à la professionnalisation des organisations de producteurs au sein de l’ONG RAFIA. Fin 1995, une délégation composée d’une dizaine de producteurs maraichers effectue ainsi deux visites : l’une à Moktédo au Burkina -Faso et l’autre à Malanville, au nord du Bénin, une zone très spécialisée dans la production d’oignons et secondairement de tomate.
« Nous avons parcouru des centaines d’hectares consacrés au maraîchage : tomates, oignons, pommes de terre…Nous avons rencontré des producteurs, des groupements, des commerçants. Notre délégation a été émerveillée et profondément inspirée par le travail réalisé par nos confrères sur des terres similaires, voire moins fertiles que les nôtres », ajoute l’ingénieur. De retour au pays, les producteurs ayant pris part aux voyages d’échanges se lancent dans le développement de la culture de tomate. Ils bénéficient de l’appui de RAFIA en motopompes et en semences, tandis que les centrales d’auto-promotion paysanne (CAP) leur accordent des crédits pour l’achat des intrants.
La première campagne de production est un succès retentissant. A tel point que l’équipe d’appui, sous la pression des producteurs, se voit contrainte de rechercher rapidement des débouchés afin de soutenir l’initiative permettre le remboursement des crédits accordés. « C’est ainsi que nous avons réussi à détourner certaines commerçantes
Dapaong, 10 Janvier 2026. 644 Km de Lomé. 7H02, sous la brume sèche de l’harmattan et le vent froid qui traverse la ville, le marché improvisé de tomates s’anime. C’est un espace étroit en bordure de la route qui fait office de lieu de rencontre entre les producteurs venus du village et les femmes commerçantes de légumes. Des tomates rouges se pressent dans des bassines, d’autres en tas le long d’une clôture tandis qu’une partie repose dans un tricycle à moitié couvert d’une vielle moustiquaire trouée.
Près du tricycle, Lébine Kayabe, un homme d’une quarantaine d’année, vêtu d’un pullover poussiéreux ajuste un vieux casque. « Nous n’avons pas d’eau, il faut creuser très profond avant d’en trouver. Chaque matin, tu te lèves dans le froid avec ta femme et tes enfants pour arroser les champs. Lorsque que tu vas pour acheter l’engrais ; c’est la croix et la bannière. Puis, quand tu arrives au marché avec ta récolte, elles te regardent comme si produire des tomates est une sinécure. Chaque saison, on espère que ça ira mieux…mais elle finit toujours par être pire », lance-t-il.
« Chaque saison, on espère que ça ira mieux…mais elle finit toujours par être pire » Lébine Kayabe
Ironie ou coïncidence : la scène se déroule devant les locaux de l’ONG RAFIA (Recherche, Appui et Financement des Initiatives d’Auto-promotion), là où, il y a 30 ans, germait le projet de la culture de la tomate de contre saison. Une initiative destinée à prévenir l’exode saisonnière des jeunes et offrir aux paysans un revenu stable hors saison des pluies. Dans ce chaos, le passé et le présent se croisent : les tomates rouges, symbole d’un espoir vieux de trois décennies, sont désormais le témoin silencieux d’une filière qui a perdu son guide et peine à survivre.
L’histoire commence en 1995, lorsque que l’ONG RAFIA décide de valoriser les bas-fonds de la région des Savanes, jusque-là essentiellement exploités de manière saisonnière. Avant cette période, seuls quelques paysans s’adonnaient, de façon épisodique, à la production de légumes-feuilles (épinards, oseille de Guinée, haricots) ainsi que du gombo et de l’aubergine, principalement pour l’autoconsommation et l’approvisionnement des petits marchés locaux. A cette époque, ce sont surtout le Burkina Faso et le Bénin qui approvisionnaient Lomé et les autres grandes villes du Togo en tomates, oignons et autres produits maraîchers.
« Convaincus que nous ne pouvions pas réinventer la roue du développement, nous avons décidé d’effectuer un voyage d’études et d’échanges d’expériences au Burkina Faso et au Benin, d’où provenaient ces produits très appréciés », se souvient Lenne Noigue Tambila, ingénieur agro-zootechnicien et alors responsable technique du programme d’appui à la professionnalisation des organisations de producteurs au sein de l’ONG RAFIA. Fin 1995, une délégation composée d’une dizaine de producteurs maraichers effectue ainsi deux visites : l’une à Moktédo au Burkina -Faso et l’autre à Malanville, au nord du Bénin, une zone très spécialisée dans la production d’oignons et secondairement de tomate.
« Nous avons parcouru des centaines d’hectares consacrés au maraîchage : tomates, oignons, pommes de terre…Nous avons rencontré des producteurs, des groupements, des commerçants. Notre délégation a été émerveillée et profondément inspirée par le travail réalisé par nos confrères sur des terres similaires, voire moins fertiles que les nôtres », ajoute l’ingénieur. De retour au pays, les producteurs ayant pris part aux voyages d’échanges se lancent dans le développement de la culture de tomate. Ils bénéficient de l’appui de RAFIA en motopompes et en semences, tandis que les centrales d’auto-promotion paysanne (CAP) leur accordent des crédits pour l’achat des intrants.
La première campagne de production est un succès retentissant. A tel point que l’équipe d’appui, sous la pression des producteurs, se voit contrainte de rechercher rapidement des débouchés afin de soutenir l’initiative permettre le remboursement des crédits accordés. « C’est ainsi que nous avons réussi à détourner certaines commerçantes