Togo: De l’Impératif d’une Rupture Radicale

Réflexions sur l’Incongruité des Assises Nationales avec un Régime Autoritaire – Cas du Togo

Plus vault homme de cœur en sa misère que couard en sa gloire, car dignité & bravoure sont joyaux de l’âme que nulle fortune ne sçauroit ravir.

Muer l’histoire d’un peuple, c’est mettre en oubly l’essence de noble ester. L’histoire politique du Togo contemporain s’inscrit dans une trajectoire douloureuse, jalonnée de tentatives avortées de démocratisation et d’émancipation populaire. Depuis l’accession au pouvoir de la famille Gnassingbé, le peuple togolais n’a cessé d’aspirer à une véritable souveraineté, à l’exercice plein et entier de ses droits fondamentaux, ainsi qu’à l’établissement d’un État de droit digne de ce nom. Or, à chaque fois que l’espoir d’une transition pacifique s’est fait jour, à chaque fois que des assises nationales ont été convoquées dans le but présumé de refonder le pacte social, ces initiatives se sont soldées par des échecs retentissants, des désillusions cuisantes qui ont érodé davantage la confiance du peuple en ses institutions.

C’est précisément au regard de ce passif accablant, de cette succession d’espérances déçues et de promesses trahies, qu’il convient de reconsidérer fondamentalement la nature même du dialogue que l’on prétend instaurer avec le pouvoir en place. Si d’aventure des assises nationales devaient être organisées de nouveau, il serait impératif que les discussions ne portent plus sur de vaines réformes cosmétiques ou sur des aménagements institutionnels illusoires, mais bien sur les modalités concrètes et irréversibles du départ pur et simple de Faure Gnassingbé. Cette position, loin d’être le fruit d’un radicalisme irréfléchi, procède d’une lucidité historique et d’un impératif moral : l’on ne négocie point avec un dictateur.

I. Le Bilan Accablant des Assises Antérieures : Une Litanie d’Échecs

Tout examen sérieux et impartial de l’histoire politique togolaise récente révèle une constante indiscutable : les assises nationales, ces grands-messes censées incarner le dialogue républicain et la refondation démocratique, n’ont jamais abouti aux changements structurels escomptés. Bien au contraire, elles ont systématiquement servi de stratagèmes dilatoires, d’artifices rhétoriques destinés à apaiser temporairement les tensions sociales tout en préservant intacte l’architecture autoritaire du pouvoir. Chaque rendez-vous manqué avec l’histoire a permis au régime de gagner du temps, de diviser l’opposition, d’affaiblir la mobilisation populaire et, in fine, de reconduire son emprise sur l’appareil d’État.

Ces échecs répétés ne sauraient être attribués au hasard ou à de simples maladresses tactiques. Ils révèlent, au contraire, une logique systémique inhérente à tout régime autocratique : celui-ci ne consent au dialogue que lorsqu’il y est contraint par la pression populaire ou internationale, et uniquement dans la mesure où ce dialogue lui permet de préserver l’essentiel de ses prérogatives. Les concessions apparentes ne sont jamais que des leurres, des trompe-l’œil destinés à masquer la permanence d’une domination qui ne dit pas son nom. Ainsi, les réformes constitutionnelles, les promesses d’élections libres et transparentes, les engagements solennels en faveur de l’État de droit demeurent lettre morte dès lors que le pouvoir retrouve ses marges de manœuvre.

Le peuple togolais a payé un prix exorbitant pour ces illusions réitérées. Chaque assise nationale avortée a non seulement prolongé son calvaire, mais a également exacerbé son sentiment d’impuissance et de frustration. Les citoyens ont vu leurs leaders cooptés, leurs revendications édulcorées, leurs aspirations démocratiques instrumentalisées au profit d’un statu quo intolérable. Ce constat amer impose une conclusion sans équivoque : il ne saurait y avoir de dialogue fructueux, de compromis honorable, de réconciliation authentique tant que demeure au pouvoir celui qui incarne et perpétue l’oppression.

II. L’Impossibilité Morale et Politique de Négocier avec un Dictateur

La maxime selon laquelle « l’on ne négocie pas avec un dictateur » n’est point une formule creuse, un slogan émotionnel dénué de fondement rationnel. Elle procède, au contraire, d’une exigence éthique fondamentale et d’une compréhension lucide des ressorts du pouvoir autoritaire. Négocier avec un régime dictatorial, c’est implicitement reconnaître sa légitimité, c’est lui conférer une respectabilité qu’il ne mérite nullement, c’est valider l’idée qu’il existe un terrain d’entente possible entre le despotisme et la démocratie, entre l’arbitraire et le droit. Or, une telle position constitue non seulement une erreur tactique, mais aussi une faute morale impardonnable à l’égard des victim
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This article was originally published on 27avril.