Dans les quartiers d’Avignon, le duel fratricide qui déchire la gauche

Dans les quartiers d’Avignon, le duel fratricide qui déchire la gauche
Le jeudi 11 septembre 2025, une cinquantaine de militants de La France insoumise (LFI) se réunissent dans une ambiance électrique à Avignon. Objectif : désigner d’ici la fin de soirée un binôme d’investiture en vue des municipales. Périlleuse mission dans une ville où LFI a le vent en poupe : Jean-Luc Mélenchon y est arrivé largement en tête au premier tour de l’élection présidentielle en 2022.

Mais le choix du binôme pour l’hôtel de ville ne va pas de soi. Depuis plusieurs semaines, deux courants s’affrontent. D’un côté, Farid Faryssy, militant local historique et candidat Nupes-LFI aux législatives 2022. De l’autre, Raphaël Arnault, le médiatique député insoumis parachuté dans le Vaucluse en 2024.

Chez LFI, on ne vote pas, on cherche un consensus. Bémol : personne n’y parvient. Alors, au bout de quatre heures, il faut bien se résoudre à glisser un bulletin dans l’urne. Au dépouillement, le binôme Farid Faryssy-Geneviève Le Page assure l’avoir emporté. Raphaël Arnault tempère. Le député s’active en coulisses depuis plusieurs mois pour écarter Farid Faryssy. Le comité électoral national aura de toute façon le dernier mot, rappelle-t-il.

Et puis, il est un peu facile d’inviter « ses cousins et ses frères et sœurs » dans la salle afin de peser le jour des débats, aurait ajouté Arnault. La remarque irrite Farid Faryssy, dont la sœur a justement pris la parole ce jour-là. « Parler des Arabes comme des “cousins”, c’est du paternalisme colonial ! » soutient un participant de l’assemblée générale. Furieux, Faryssy claque la porte de LFI le 11 novembre dernier, non sans dénoncer « les comportements autoritaires, les pratiques d’intimidation et les violences verbales » de Raphaël Arnault…

Selon nos informations, l’incident remonte jusqu’au coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, qui calme le jeu. Il fait néanmoins son choix : c’est bien une proche de Raphaël Arnault, Mathilde Louvain, qui est investie. Dans un café bobo du centre-ville d’Avignon, cette trentenaire réfute en bloc les accusations de Faryssy : « Quand quelqu’un n’est pas d’accord, c’est sain qu’il parte. Il n’y a pas eu le moindre dépassement du respect. Ses propos sont outranciers. »

Outrancier, Farid Faryssy ? À tout le moins, clivant. En 2022, une pétition en ligne lancée par plusieurs femmes réclame sa mise à l’écart de la campagne des législatives. Trois militantes l’ont alors signalé à la cellule de violences sexistes et sexuelles de LFI. En juin 2023, le « Comité de respect des principes » a conclu que le comportement de Farid Faryssy ne « dérogeait pas aux principes de la France insoumise » et n’y a pas donné suite. Une peau de banane sur fond de règlement de comptes politique, dénonce l’intéressé.

Depuis la campagne des législatives de 2022, le candidat Faryssy a fait l’objet de plusieurs plaintes pénales. Précisons d’emblée qu’elles n’ont donné lieu à aucune poursuite. Mais elles témoignent d’un climat politique houleux, aux ramifications judiciaires multiples. Deux procédures demeurent en cours : au printemps 2023, une ex-Gilet jaune dépose plainte pour « chantage » dans le sud de la France.

Une autre femme l’imite pour « harcèlement » dans les Hauts-de-Seine. « Je ne connais pas les plaignantes, je ne les ai jamais contactées de ma vie », balaie Faryssy. Une élue l’avait accusé de « clientélisme effréné », « d’intimidation » et de « violences ». Le militant l’a fait condamner pour diffamation. Deux éditorialistes de LCI, qui ont dressé de lui un portrait peu flatteur à l’antenne, viennent également d’être mis en examen.

Car cet avocat de profession connaît bien les rouages de la justice. « Il ne supporte la critique sous aucune forme et fait preuve de quérulence procédurale, pique une source judiciaire locale. Comme il est avocat, ses plaintes sont forcément prises au sérieux. » « Je suis un citoyen comme un autre, je paie des frais quand je dépose plainte, se défend l’intéressé. J’ai un casier vierge, je n’ai jamais comparu ! »

Très engagé durant la crise des Gilets jaunes, Farid Faryssy s’est forgé une petite notoriété en défendant gratuitement une cinquantaine de ses compères interpellés. De cette période, certains lui reprochent toujours quelques fréquentations sulfureuses - dont il assure s’être affranchi - comme le conspirationniste Abdel Zahiri. Ce Marocain fiché S, fidèle du prédicateur Tariq Ramadan, a organisé un débat entre Dieudonné et le complotiste Rémy Daillet-Wiedemann.

Il a finalement été expulsé en 2023 dans son pays d’origine et son association, les Alerteurs, a été dissoute en conseil des ministres, accusée de « propager une idéologie antisémite et homophobe ». Comme d’autres élus d’Avignon, Farid Faryssy a été l’invité de sa chaîne YouTube à t
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