L’itinéraire glaçant d’un monstre

Ce jeudi 12 septembre 2024, c’est son anniversaire. Rudy* fête ses trois ans. Pour l’occasion, Pierre-Alain Cottineau emmène le petit bonhomme brun aux yeux en amandes, dîner au Burger King d’Ancenis, en Loire-Atlantique. L’homme de 32 ans est assistant familial, il garde Rudy pendant que sa famille d’accueil est partie en vacances cette semaine. En ce jour spécial, le petit garçon est loin de ses parents, auxquels il a été retiré comme ses trois sœurs, parce qu’ils n’étaient pas en mesure de les prendre en charge. Pierre-Alain a invité deux amis, des hommes qui passent la semaine à Oudon avec eux et partagent ce repas, ce soir.

Pour n’importe quel petit garçon, l’anniversaire est une fête. Pour Rudy, ce sera une plongée en enfer, ponctuée d’agressions sexuelles et de viols dont sont tous suspectés les participants du trio et qui atteindront leur paroxysme le lendemain, vendredi 13 septembre. Une journée qui est allée « trop loin », concède devant les enquêteurs de l’Office mineurs (Ofmin) Pierre-Alain Cottineau, pourtant à l’initiative de ce rendez-vous pédocriminel. « Je me souviens avoir mis la main sur la bouche de Rudy à un moment », précise le trentenaire au policier qui l’interroge. « Je ne vous cache pas qu’il n’était pas très bien. Il avait des sanglots. J’ai dû demander aux gars de se dépêcher pour pas lui faire mal. »

Derrière les murs de la petite maison en pierre aux volets bleus, dans la ruelle du Chemin-du-Prieuré, les cris et les pleurs de Rudy sont restés étouffés. Attouchements, fellations, pénétrations. Rien ne lui a été épargné. Les suspects sont notamment mis en examen pour viols avec actes de torture ou de barbarie et risquent la prison à perpétuité. Selon l’un d’eux, il a pu arriver au maître des lieux, grand prince, de suspendre les sévices l’après-midi, le temps de donner un goûter à sa petite victime. Pour la douleur, il avait au préalable fait ingurgiter du Xanax à l’enfant en le mélangeant à du yaourt ou de la compote, comme il l’a déclaré en audition. Certains des coauteurs suspects ont également indiqué qu’ils lui avaient donné du poppers pour le rendre euphorique.

Cet enfer, Rudy l’avait déjà vécu lors d’un premier séjour, très peu de temps avant, lors d’un week-end de la fin du mois d’août. Cette fois-là, selon les résultats de l’enquête, trois hommes se sont joints à Pierre-Alain Cottineau pour agresser le petit garçon, jusqu’à lui mettre un collier en cuir, une laisse et le promener comme un animal dans la maison en le forçant à supporter la souffrance d’un plug. Confronté aux images de cette scène, le suspect baissant la tête a dit ressentir « du dégoût, du regret et de la gêne ».

- « Sur ces vidéos, les individus paraissent comment ? », demande l’enquêteur.

- « Excités et euphoriques », répond Pierre-Alain Cottineau.

- « Donc cet enfant, au moment des faits, vous le considérez comment, tous ? »

Un objet, à tel point qu’en audition, Pierre-Alain Cottineau ne se souvient plus du prénom d’un autre enfant passé entre ses mains, Milo*. Il lui a été confié à plusieurs reprises, par l’Aide sociale à l’enfance, pour de courtes gardes, de ses 3 mois à ses 6 mois. Un bébé dont il reconnaît avoir abusé courant 2024, une fois seul, une fois avec un « invité ». Le psychiatre qui a examiné le suspect principal conclut qu’il présente « un trouble de la préférence sexuelle avec une pédophilie non exclusive mais prévalente remontant à l’adolescence, intriqué à un trouble de la personnalité, l’enfant victime n’étant pour lui qu’un objet, son propre plaisir étant accentué par la souffrance qu’il inflige. »

C’est comme si je n’avais plus d’empathie à ce moment-là.

De fait, concernant Albane*, 4 ans, la première victime identifiée dans ce dossier, la vidéo de son agression montre une enfant qui hurle de douleur sous ses assauts, qui lui dit « pas profond… bobo » et à qui il répond : « Mais nooonnnn [...] petite joueuse ». « C’est comme si je n’avais plus d’empathie à ce moment-là alors qu’après l’acte, je vais plutôt être dans la consolation, lui faire plaisir. C’est comme si c’était scindé en deux », explique-t-il à la magistrate lors de sa seconde mise en examen, le 2 décembre dernier, pour les faits qu’il est suspecté d’avoir commis sur Rudy et Milo, après ceux révélés concernant Albane.

Un homme « scindé », dont « la duplicité lui [a] permis de vivre dans le mensonge pendant plusieurs années », écrit un magistrat dans la procédure. Un homme à deux facettes, qui a trompé son monde, les spécialistes de l’Aide sociale à l’enfance et même ses proches, y compris les mères de sa propre fille, Sabrina*, presque du même âge qu’Albane, et conçue en pluriparentalité.

L’un des parents des enfants victimes
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