« Je suis candidat à l’élection présidentielle » : Jérôme Guedj ou la revanche d’un électron libre de la gauche

« Je suis candidat à l’élection présidentielle » : Jérôme Guedj ou la revanche d’un électron libre de la gauche
Déjà l’été dernier, Jérôme Guedj y pensait à voix haute. « Lors d’un prochain entretien, nous parlerons de la présidentielle… », nous lâchait le député fin août, quasi énigmatique, en conclusion d’une longue discussion sur les strapontins du TER, filant vers les universités d’été du PS à Blois.

À l’époque, en pleine valse des Premiers ministres, certains de ses proches se prenaient à l’imaginer à Matignon, succédant à un François Bayrou suicidé politiquement par son vote de confiance. Plus tard, à l’automne, en pleines incertitudes autour de l’avenir de Sébastien Lecornu, l’un de ses amis l’incitait même à plancher sur un éventuel gouvernement. On ne sait jamais, et le natif de Pantin le cachait à peine : cela ne lui aurait pas déplu.

Mais l’histoire politique en a décidé autrement et voilà donc que Jérôme Guedj s’est décidé à abattre ouvertement la carte de l’ambition élyséenne. « Je suis candidat à l’élection présidentielle », a annoncé ce jeudi Jérôme Guedj lors de la matinale de France Inter. « Cela s’est cristallisé ces deux-trois dernières années, confie-t-il au Point. J’ai compris le “courage de la nuance”, pour reprendre l’expression de Jean Birnbaum, et le besoin d’un espace politique dans lequel on ne parle pas qu’à une gauche, qui toute mouillée, fait 30 %. » Comprendre : hors de question pour lui de participer à la primaire telle qu’elle est pour l’instant dessinée par Olivier Faure, Marine Tondelier ou François Ruffin.

Un projet de candidature mûri de longue date, donc. À l’automne, son ancien collaborateur au conseil général de l’Essonne Renaud Chenu est venu l’aider à bâtir les fondations de cette initiative. Le député a désormais sa propre association politique, une structure indispensable sur le plan logistique comme financier pour s’embarquer dans une telle aventure. Happé ces derniers mois par les négociations budgétaires entre les socialistes et Sébastien Lecornu, avec lequel il a des échanges en direct, cet ancien frondeur du quinquennat Hollande a décidé de se lancer sans attendre les municipales (15-22 mars).

Comme sa collègue sénatrice Laurence Rossignol, l’une de ses plus proches, Jérôme Guedj veut pousser son camp à renouer avec le sillon « laïque et universaliste » à l’heure d’une gauche déchirée par les controverses et les (malheureuses) confusions sur la laïcité. Ressusciter une tradition que les jeunes générations militantes, abreuvées aux théories libérales américaines, regardent bien souvent avec méfiance.

« Je transpire sur le bout des ongles l’ADN de cette gauche républicaine et sociale, revendique-t-il auprès du Point. On peut débattre des taux de TVA ou de CSG mais il y a des sujets sur lesquels il n’y a pas d’édulcoration possible, comme la laïcité, l’antisémitisme, l’universalisme. Or, une partie de la gauche est ambiguë. » Celui qui ambitionne de faire « turbuler » la gauche rêve d’une « alliance des productifs entre patrons, salariés, chercheurs, créateurs », d’un « protectionnisme européen » et d’une « immigration planifiée et encadrée ».

Surtout, opposant à Olivier Faure lors du dernier congrès socialiste, le quinquagénaire (54 ans) souhaite en finir avec toute ambivalence socialiste dans le rapport à La France insoumise (LFI). D’autant que l’histoire personnelle du député de l’Essonne avec Jean-Luc Mélenchon a elle-même des airs de longue tragédie, celle du passage d’un compagnonnage quasi paternel à une rupture glaçante.

Jeune homme, Guedj apprend à Massy la politique à ses côtés. Il révise l’ENA dans le bureau de sénateur de son mentor. « Il a été un passeur », admet-il. Les deux hommes partent même en vacances ensemble. Et puis, en 2008, lorsque Mélenchon claque la porte du PS, Guedj refuse de le suivre. Le futur chef de file des Insoumis le prend pour une trahison et la rupture est consommée.

Pourtant, malgré le scepticisme de certains de ses proches, Guedj accepte en 2022 de concourir sous les couleurs de l’hétéroclite Nupes pour reconquérir sa circonscription de l’Essonne. Un dernier péché de naïveté ? Le 7 Octobre finira de dissiper les dernières illusions. En avril 2024, fustigeant des socialistes qui « ont couvert un génocide », Mélenchon accuse Guedj de « s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions ».

Un nouveau seuil est franchi. Lors de la dissolution, cette fois, Guedj ne portera pas les couleurs du NFP. « Jérôme ne pensait pas Jean-Luc capable d’écrire ce qu’il a écrit, souffle, encore sidéré, un ancien compagnon de route de l’insoumis en chef. C’était ignoble et dégueulasse. » En juin dernier, à la tribune du congrès de Nancy, Guedj laisse éclater sa blessure : « Pour la première fois de ma vie, j’ai dû dire de l’homme que j’ai aimé pro
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