Il y a, décidément, un mystère Sarah Knafo. Depuis un an, ce nouveau visage souriant s’affiche en Une des magazines, va de plateau en plateau et suscite l’attention sur les réseaux sociaux. Jeune, habile, technique, joviale, elle tranche avec une classe politique souvent perçue comme usée, terne, pavlovienne et à court d’idées. Son succès tient sans doute à ses qualités propres, mais aussi à cet effet de contraste.
Le mystère, venons-en, tient surtout à la conjonction entre cette séduction médiatique et des adhésions ou des alliances qui, en d’autres temps, auraient compliqué une telle ascension. D’abord sur le plan doctrinal, qui est un point à manier avec prudence, car l’élue Reconquête! présente un corpus encore en construction, peu stabilisé, fait de variations et visiblement sensible aux événements. « Je ne suis pas une idéologue », prévenait-elle récemment dans Le Point.
Reste qu’un mouvement est perceptible : l’énarque semble avoir rompu avec une lecture étatiste de l’économie qu’elle a longtemps promue dans ses années étudiantes, influencée alors par ses « mentors », Marie‑France Garaud, Henri Guaino ou encore Éric Zemmour. Elle s’inscrivait dans une logique gaullo‑séguiniste, où la souveraineté nationale ne se séparait pas de la République sociale. « Le national et le social vont ensemble », lui répétait Henri Guaino.
A-t-elle engagé, depuis, un virage vers le libéralisme ? On peut l’affirmer à la lecture de ses positions : baisse des impôts et des charges, simplification, critique de la bureaucratie, valorisation du travail et de la production.
Avec David Lisnard, elle incarne une forme de libéralisme décomplexé, davantage, en tout cas, que les LR Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. Chez elle, l’équilibre des finances publiques devient une affaire de souveraineté. Un pays surendetté dépend de ses créanciers, donc « obéit ».
Dans cette logique, il faut libérer l’économie de certaines contraintes réglementaires, supprimer quantité de normes, recourir à la privatisation, baisser les dépenses, réduire le nombre de fonctionnaires, aller vers une retraite par capitalisation... Jamais, pour l’heure, un président de la République ne s’est fait élire sur un projet en rupture avec des décennies de traitements sociaux des problèmes économiques.
Du gaullisme redistributif, donc, aux synthèses de l’iFrap, le think tank libéral qui alimente la classe politique en chiffres et en idées. Mais Knafo complique la lecture doctrinale lorsqu’elle cite en modèles Javier Milei et Nayib Bukele, deux chefs d’État libertariens, argentin et salvadorien, admirateurs de Donald Trump. Libérale, dès lors, ou libertarienne ? Un peu des deux, dirait-on, si l’on se fie à ses sorties, qui révèlent essentiellement une fascination pour la méthode volontariste et les résultats des deux présidents.
« Je ne suis pas là pour guider des moutons, mais pour libérer des lions », dit-elle, en reprenant les mots de Milei. Le président argentin manie la tronçonneuse, symbole de sa radicalité, qu’on imagine mal à l’œuvre en France, pays imprégné d’égalité où les réformes libérales se font au coupe-ongle. Dans le Time, Bukele, lui, connu pour ses éloges de la cryptomonnaie et pour faire fi de l’État de droit dans sa lutte contre le narcotrafic, se présente en « dictateur cool ». L’élue française récuserait à coup sûr cette ambition.
Escortée de ces références, elle a ainsi surpris en s’opposant « farouchement » au Mercosur, comme le ferait un adversaire du libre-échange. La concurrence entre agriculteurs français et sud-américains étant jugée par elle déloyale, elle rejette le traité, quand bien même les chiffres, selon les secteurs, montrent que l’agriculture française peut tirer profit des accords commerciaux. Ici, le protectionnisme l’emporte sur la liberté économique – non sans une obligation de principe, lorsqu’on est de droite, de défendre la cause des agriculteurs.
Bref, entre une opposition à la politique d’Emmanuel Macron et un programme municipal à Paris, il est encore difficile de cerner avec certitude l’orientation idéologique de celle que certains verraient bien candidate à la présidentielle de 2027.
En 2022, Michel Onfray conseillait à Éric Zemmour de « muscler son bras gauche », autrement dit de montrer plus de considération pour ces millions de Français qui ne vivent pas à l’heure de l’intelligence artificielle et du bitcoin, qui sont éloignés des bassins d’emploi, las des entretiens infructueux à France Travail, vivent dans des déserts médicaux, survivent grâce à la solidarité nationale et doivent amortir les conséquences sociales et culturelles, non pas du meilleur, mais du pire de la mondialisation. Conseil qui vaudrait aussi pour la candidate à la Mairie de Paris.
La politique étant aussi u
Le mystère, venons-en, tient surtout à la conjonction entre cette séduction médiatique et des adhésions ou des alliances qui, en d’autres temps, auraient compliqué une telle ascension. D’abord sur le plan doctrinal, qui est un point à manier avec prudence, car l’élue Reconquête! présente un corpus encore en construction, peu stabilisé, fait de variations et visiblement sensible aux événements. « Je ne suis pas une idéologue », prévenait-elle récemment dans Le Point.
Reste qu’un mouvement est perceptible : l’énarque semble avoir rompu avec une lecture étatiste de l’économie qu’elle a longtemps promue dans ses années étudiantes, influencée alors par ses « mentors », Marie‑France Garaud, Henri Guaino ou encore Éric Zemmour. Elle s’inscrivait dans une logique gaullo‑séguiniste, où la souveraineté nationale ne se séparait pas de la République sociale. « Le national et le social vont ensemble », lui répétait Henri Guaino.
A-t-elle engagé, depuis, un virage vers le libéralisme ? On peut l’affirmer à la lecture de ses positions : baisse des impôts et des charges, simplification, critique de la bureaucratie, valorisation du travail et de la production.
Avec David Lisnard, elle incarne une forme de libéralisme décomplexé, davantage, en tout cas, que les LR Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. Chez elle, l’équilibre des finances publiques devient une affaire de souveraineté. Un pays surendetté dépend de ses créanciers, donc « obéit ».
Dans cette logique, il faut libérer l’économie de certaines contraintes réglementaires, supprimer quantité de normes, recourir à la privatisation, baisser les dépenses, réduire le nombre de fonctionnaires, aller vers une retraite par capitalisation... Jamais, pour l’heure, un président de la République ne s’est fait élire sur un projet en rupture avec des décennies de traitements sociaux des problèmes économiques.
Du gaullisme redistributif, donc, aux synthèses de l’iFrap, le think tank libéral qui alimente la classe politique en chiffres et en idées. Mais Knafo complique la lecture doctrinale lorsqu’elle cite en modèles Javier Milei et Nayib Bukele, deux chefs d’État libertariens, argentin et salvadorien, admirateurs de Donald Trump. Libérale, dès lors, ou libertarienne ? Un peu des deux, dirait-on, si l’on se fie à ses sorties, qui révèlent essentiellement une fascination pour la méthode volontariste et les résultats des deux présidents.
« Je ne suis pas là pour guider des moutons, mais pour libérer des lions », dit-elle, en reprenant les mots de Milei. Le président argentin manie la tronçonneuse, symbole de sa radicalité, qu’on imagine mal à l’œuvre en France, pays imprégné d’égalité où les réformes libérales se font au coupe-ongle. Dans le Time, Bukele, lui, connu pour ses éloges de la cryptomonnaie et pour faire fi de l’État de droit dans sa lutte contre le narcotrafic, se présente en « dictateur cool ». L’élue française récuserait à coup sûr cette ambition.
Escortée de ces références, elle a ainsi surpris en s’opposant « farouchement » au Mercosur, comme le ferait un adversaire du libre-échange. La concurrence entre agriculteurs français et sud-américains étant jugée par elle déloyale, elle rejette le traité, quand bien même les chiffres, selon les secteurs, montrent que l’agriculture française peut tirer profit des accords commerciaux. Ici, le protectionnisme l’emporte sur la liberté économique – non sans une obligation de principe, lorsqu’on est de droite, de défendre la cause des agriculteurs.
Bref, entre une opposition à la politique d’Emmanuel Macron et un programme municipal à Paris, il est encore difficile de cerner avec certitude l’orientation idéologique de celle que certains verraient bien candidate à la présidentielle de 2027.
En 2022, Michel Onfray conseillait à Éric Zemmour de « muscler son bras gauche », autrement dit de montrer plus de considération pour ces millions de Français qui ne vivent pas à l’heure de l’intelligence artificielle et du bitcoin, qui sont éloignés des bassins d’emploi, las des entretiens infructueux à France Travail, vivent dans des déserts médicaux, survivent grâce à la solidarité nationale et doivent amortir les conséquences sociales et culturelles, non pas du meilleur, mais du pire de la mondialisation. Conseil qui vaudrait aussi pour la candidate à la Mairie de Paris.
La politique étant aussi u